CHAMP DE LIN EN FLEURS

Du lin et des Hommes

Cet article est le premier d’un volet en 4 épisodes.

À chaque voyage, nous pourrons prendre toute la mesure du caractère exceptionnel de cette plante et ce textile précieux et unique, comme vous !

Je vous souhaite une excellente lecture, et si cela vous plaît, partagez, commentez, je serai ravie d’échanger avec vous.

Le LIN : UNE FIBRE TEXTILE PREHISTORIQUE !

La première fibre textile utilisée par les Hommes

Les plus anciennes traces de présence du lin sous forme textile datent de plus de 31 000 ans et ont été retrouvées dans la grotte de Dzudzuana en Géorgie.

Nous sommes alors bien en amont du début du Néolithique qui voit lui apparaître les prémices de ce que l’on nomme communément : Agriculture.  

Pourquoi alors, si tôt, cet intérêt si particulier pour cette fibre végétale ?  

Malheureusement, nous n’avons pas encore de certitudes.  

Les archéologues pensent que ce lin sauvage servait à fabriquer des ficelles et de la corde pour la couture des peaux et des chaussures.


Le lin français textile écoresponsable
Le lin français, textile écoresponsable

Il était également vraisemblablement utilisé pour confectionner des outils, toujours plus élaborés, en permettant d’attacher les silex aux manches de bois ou encore pour réaliser des récipients et des paniers.  

Cette datation de – 31 000 ans est vraiment surprenante !  

D’autant plus que les fragments de fibres découverts étaient des textiles de lin travaillés et présentaient des signes de torsions ainsi que des résidus de pigments, ce qui explique aussi l’hypothèse des scientifiques concernant leurs utilisations.

Mais nous allons essayer de comprendre, au travers des âges, en quoi le lin a toujours su accompagner les Hommes et leur évolution.

Domestication du lin : Le croissant fertile

L’on retrouve ensuite sa trace sous forme de graines, aux prémices du Néolithique entre – 11800 et – 10500 ans, dans les nombreux villages agricoles de la région du berceau du croissant fertile.

La naissance de la culture du lin est intimement liée à la naissance de l’Humanité et des civilisations.

Carte Mésopotamie
Carte Mésopotamie croissant fertile

C’est de ce généreux berceau de vie que sa culture et sa domestication se répandront vers la vallée du Nil et ensuite, vers l’Europe…

LE LIN ET L EGYPTE ANTIQUE

Le lin et l’Égypte : lien unique et authentique

Venons en…

Il paraît difficile de parler de l’Histoire, de la genèse du lin sans faire un focus sur la relation étroite et durable que l’Égypte antique a tissé avec lui.

Sans conteste, le lin est une des premières espèces végétales cultivée et aussi une des premières fibres textiles au monde.

L’ancienneté et la longévité de la culture du lin prouvent que nous sommes en présence d’une plante unique aux propriétés variées, brillantes et singulières et l’Égypte Antique l’a bien compris.

Le lin a accompagné cette extraordinaire civilisation dès sa naissance et en est devenu l’un des symboles, fort et éternel.

Les Égyptiens en maîtrisent très rapidement la culture ainsi que les différentes applications que leur offre cette herbacée si peu exigeante et si facile à cultiver et à transformer.

Arrachage du lin Egypte Antique
Arrachage du lin Egypte Antique

Le lin n’a besoin que de très peu d’eau, peu de soin et il résiste, parfois étrangement, aux plus féroces intempéries et rigueurs du climat.

L’Égypte Antique : Le lin, linge sacré, unique et précieux

Le mot linge tire d’ailleurs son origine étymologique du mot « lin ».

À cette époque, la laine est également déjà connue.

Toutefois, elle provient de fibres animales et fait l’objet d’un rejet, jusque dans les temples et les sanctuaires.

Les Égyptiens antiques ont en effet une relation très particulière avec le monde animal, empreinte de respect, de sacré et d’identification.

Pour les Hommes, organisés en société, manger de la viande est une habitude relativement récente.

EGYPTE ET DIVINITE ANIMALE
Pharaon et Anubis

De nombreuses études démontrent que la plupart des peuples anciens, à partir du Néolithique et de l’apparition de l’agriculture, avaient une alimentation très faiblement carnée, parfois même exclusivement végétarienne.

Pour l’Égypte Antique, le monde animal n’était pas une source indispensable de nourriture ni de matières premières.

Les animaux étaient identifiés aux divinités et elle les considérait comme « partenaires », sur terre, au service de quelque chose de plus grand.

Ainsi, en ancienne Égypte, les textiles sont, pour la très grande majorité, exclusivement composés de lin.

Les Égyptiens modestes portent un pagne, court, simple et sobre.

Le lin de qualité, qui sert à filer les plus belles pièces, est lui réservé à la famille de Pharaon, aux personnalités riches ou influentes.

Les tissages sont fins, précis et précieux.

La rigueur des plissages de cette robe, par exemple, est saisissante !

Nous aurions, même aujourd’hui, beaucoup de mal à reproduire la perfection et la technicité de ces pièces rares arrivées jusqu’à nous.

Grâce également à ses propriétés thermorégulatrices, ces robes de lin permettaient de se protéger du soleil harassant et du climat chaud et humide de l’Égypte.

robe plissée en lin Egypte Antique
Robe plissée en lin Egypte Antique

C’est donc en lin que sont confectionnés l’ensemble des textiles, des vêtements et des tissus mortuaires, des voiles de bateaux, des cordages ou encore des filets de l’Égypte antique.

Les Égyptiens en font également des paniers, en plus de bénéficier des vertus de son huile et des qualités nutritionnelles qu’offrent ses graines.

Enfin, le lin était aussi une monnaie d’échange, de troc et permettait d’honorer salaires et impôts.

Il était présent dans les usages, les rituels et la vie quotidienne des Égyptiens, la vie et au-delà...

Le lin sacré, l’Egypte et la vie d’après

Bien que la momification ne soit absolument pas une technique spécifique à l’Égypte antique, nous pouvons aisément convenir qu’elle a su faire de cette technique un « art » à part entière et sans le lin, point de possible !

Les Égyptiens croyaient en l’immortalité.

La mort n’est alors qu’un passage vers une nouvelle vie où corps et âme se retrouvent à nouveau.

Dès lors, l’enveloppe charnelle devait à tout prix être conservée le plus longtemps et le plus efficacement possible.

Les embaumeurs disposaient pour cela d’outils et de techniques spécifiques, mais aussi d’encens, d’huiles et de lin, matière imputrescible et durable par excellence.

 Il était aussi sacré et symbole de pureté grâce à la teinte naturellement claire de sa fibre qui, de surcroît, peut être facilement blanchie.

Le lin en ces temps, poétiquement, était surnommé : « Lumière de lune tissée ».

Parfois, plusieurs dizaines de mètres de bandelettes de lin entouraient le défunt suivant un schéma complexe et précis.

Au fur et à mesure de ce processus, les embaumeurs ajoutés des bijoux, des amulettes et des pierres précieuses à leurs « ouvrages ».

Bandelettes de lin Egypte Antique
Bandelettes de lin Egypte Antique

C’est ainsi que le lin accompagnait les pharaons et les Égyptiens, dans leur vie terrestre comme dans celle d’après …

Pour l’Égypte et ses dieux, mais aussi pour les religions monothéistes à venir, le lin devient le textile sacré par essence, imprégné de respect, de sagesse et de mystère.

Il est aussi une richesse à faire découvrir aux autres puissances du monde antique qui ne le connaissent pas encore…

COMMENT LE LIN A T IL CONQUIS L’EUROPE ET LA FRANCE ?

L’arrivée du lin en Europe

De la période pré-dynastique et pendant toute l’antiquité, le lin est l’une des cultures essentielle et fondatrice de la prospérité de l’Égypte.

 Les Égyptiens, conscients de leur trésor, n’en sont pas moins de fins commerçants.

De grands échanges commerciaux vont alors s’intensifier en méditerranée à partir de – 1700 ans avant J.C.

Ce sont les Phéniciens, qui commercialiseront le lin depuis l’Égypte jusqu’en Europe par voie maritime.

Ces grands marins de l’antiquité, seront les premiers à pousser les zones de chalandises en dehors du bassin oriental de la méditerranée.

Grâce à leurs innovations navales et stratégiques, ils permettront ces premiers grands échanges dont va bénéficier l’Égypte, son lin et l’Europe.

Graines et étoffes s’exportent alors en Grèce, en Crête ou encore en Italie, jusqu’aux côtes anglaises et irlandaises.

Les lins égyptiens, finement tissés, font office de référence et sont très réputés.

L’Europe et la France, elles, apprennent peu à peu à connaître, comprendre et cultiver cette plante sur leurs terres.

Route maritime des Phéniciens
Route maritime des Phéniciens

Le lin et la France : Qualité et savoir-faire

En France, la culture du lin s’installe progressivement à partir du néolithique vraisemblablement sur les côtes de Provence et du Languedoc-Roussillon dans un premier temps.

Les Gaulois et le reste de l’Occident, découvrent à leur tour les 1001 vertus de cette nouvelle venue qu’ils adoptent sans difficulté.

À l’arrivée de Jules César, les Gaulois cultivent déjà le lin dans la région de la vallée de Lys au nord de notre Lille actuelle et dans la plaine des Flandres qui s’étend jusqu’en Belgique.

Le lin habille les druides, mais aussi les bateaux, en voiles et en filets, comme le faisait les Égyptiens.

Le lin au Moyen Âge

À partir de l’an 789, le travail artisanal du lin est démocratisé et valorisé par la volonté de Charlemagne, tombé en grâce devant les qualités cette étoffe.

Il décide de le filer à la cour.

Il encourage également tous les foyers de France à en faire de même à leurs domiciles.

Le lin se destine alors aux arts de la table et au linge de maison : Nappes, serviettes, torchons mais aussi toujours aux voiles et cordages des navires ainsi que l’habillement.

Au moyen-âge, le lin, sa culture et son usage, s’installent et perdurent.

Nous retrouvons sa présence manifeste, au début du XIᵉ siècle, en toile et support des broderies de La Reine Mathilde, femme de Guillaume Le Conquérant et reine d’Angleterre, sur la tapisserie de Bayeux, œuvre de plus de 70 mètres.

Tapisserie de Bayeux
Tapisserie de Bayeux

Plus tard, au XIIIᵉ siècle un tisserand prénommé Batiste lui, innove pour le lin.

Il met en œuvre une technique de filage si délicate et si fine qu’il scellera pour toujours la réputation, la qualité et la finesse du lin français à travers le monde.

Le lin et le Roi

Louis XIV ne jure que par lui.

Féru d’arts et de nouveautés, le roi, en précurseur des tendances, élève le lin au rang de la noblesse.

La mode est à la chemisette appelée à l’époque lingerie.

Je vous laisse deviner sans peine l’étymologie de ce nouveau mot.

Dès lors, toutes les cours d’Europe se prennent de passion pour ce textile français si fin, si délicat et si agréable.

Des pièces uniques d’une splendeur incomparable voit alors le jour grâce à un lin d’une qualité exceptionnelle et des mains artisanes habiles et expertes.

Devenu une référence également dans les arts de la table, entre le XVIIᵉ et le XVIIIᵉ, le lin et sa culture en France sont à leur apogée.

Jean François Gilles Colson 1579
Jean François Gilles Colson 1579

Parallèlement, le brevet de la machine à filer de Philippe De Girard en 1810 ainsi que son invention de la première machine à peigner, permettra au Nord de la France de devenir un centre industriel majeur de la filature en Europe.

Malheureusement, l’Édit de Nantes en 1685, lui, avait provoqué la fuite de plus de 6000 tisserands et de leurs savoir-faire vers les Flandres, l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas, l’Angleterre ou encore l’Irlande.

De plus, une difficulté supplémentaire arrivait et allait mettre en danger le lin de France…

L’ARRIVEE DU COTON EN EUROPE

Le lin a donc su, après les Égyptiens, s’établir et gagner le cœur des gaulois puis des Français, mais aussi de la majeure partie de l’Europe occidentale.

Pourtant, la découverte du nouveau monde allait bouleverser les choses…

Un adversaire de taille faisait son entrée : Le coton !

Fibre végétale qui entoure les graines d’arbustes appelés cotonniers, elle est constituée de pure cellulose.

Le coton est également cultivé depuis des millénaires.

Nous retrouvons les premières traces de sa culture, au Pérou, il y a plus de 5000 ans.

Il évolue depuis sous des climats tropicaux un peu partout sur la planète.

À partir du XVIIIᵉ siècle, au retour des colonies, Guadeloupe, Saint-Domingue, Inde, les cales des navires européens se remplissent de coton.

Esclaves dans un champ de coton Gravure sur bois, 1845 Sud des USA
Gravure sur bois, 1845 Sud des USA

Cette situation révèle déjà une des dérives d’une certaine forme de mondialisation :

Des terres agricoles lointaines surexploitées par une main d’œuvre esclavagée.

Même l’Égypte commence à cultiver le coton à partir des années 20.

En ce début du XXᵉ siècle, l’influence de la demande de l’Angleterre est croissante.

Dès lors, l’appétence pour le lin va décliner peu à peu partout en France et en Europe.

Les industries de transformation du coton, elles, se structurent, se mécanisent et prospèrent.

Les fibres synthétiques apparaissent à leur tour tout au long du XXᵉ siècle poussant le lin et ses richesses dans ses derniers retranchements.

LE LIN PLUS QUE JAMAIS VIVANT

Durant le XXᵉ siècle, la France s’obstine et relance la production de son lin à chaque période d’après-guerre.

Heureusement, nous sommes une nation d’experts, d’esthètes et d’artisans.

Le lin de France se concentre alors sur ce qu’il a de meilleur… Un savoir-faire ancestral maîtrisé et une qualité qui le place au sommet des lins du monde.

La France est aujourd’hui première productrice de lin sur la planète avec ses 98 000ha dédiés et ses 595 000 tonnes produites par an.

50 % de cette production est normande.

Le lin textile écoresponsable d’avenir

Nous sommes beaucoup plus sensibles et à l’écoute de ces productions écoresponsables et durables.

Privilégier les fabrications françaises, locales et respectueuses de l’environnement et du vivant devient essentiel.

Nous désirons acheter en pleine conscience, de façon éclairée, et ne plus participer aux conséquences catastrophiques des industries intensives.

Notre aspiration à replacer du sens dans notre façon de penser le monde, notre façon de vivre et de consommer devient de plus en plus puissante.

Nous souhaitons privilégier l’artisanat et acheter de plus en plus de produits locaux.

Nous voulons limiter l’impact environnemental et humain de nos vies, valoriser la qualité et les savoir-faire.

Aujourd’hui la filière du lin français est dynamique et très engagée en matière d’écologie.

Elle a créé ses labels, ses certifications, ses contrôles « qualité » pour toujours pouvoir garantir à la fois le respect de ses valeurs de préservation des terres de lin et l’excellence de sa production.

Peignage du lin
Peignage du lin

ETIK ETAK ET LE LIN  

Comment lui résister ?

Le lin séduit par son authenticité mais aussi par son caractère, sa beauté et la générosité de ses propriétés.

Le lin français est le plus qualitatif, le plus élégant et le plus écoresponsable qui soit !

Je vous en parlerai très vite dans un prochain article afin de nous permettre de saisir l’étendue de cette réalité sur le lin.

Il me donne le plaisir de créer pour vous ces pièces uniques, élégantes et originales et de travailler une matière locale d’une qualité absolument remarquable.

Le plaisir de partager avec vous ces valeurs écoresponsables, de valorisation de l’artisanat français et participer à une économie locale respectueuse de la planète et inclusive pour les acteurs de la filière.

Je crée vos paniers, élégants, précieux et uniques, comme vous !

Vos pièces de linge de maison, ces textiles indispensables du quotidien, vos pièces de décoration, personnelles et originales…

panier lin français
Panier lin français

Pour exprimer librement qui vous êtes vraiment, vous-même, précieuse (x), unique et rare…  à l’image de notre lin français !

Venez découvrir votre boutique

Sources web :

http://www.terredelin.com/ https://www.sciencesetavenir.fr/archeo-paleo/une-vieille-ficelle_21175

https://www.die-leinenweber.de/petite-histoire-culturelle-du-lin-fr_10.html https://fr.wikipedia.org/wiki/Lin_cultiv%C3%A9 https://www.jardinsdefrance.org/le-lin-dhier-a-aujourdhui/ https://www.louvre.fr/oeuvre-notices/tunique-de-lin-plisse https://www.insidescience.org/news/what-did-ancient-egyptians-really-eat http://sciencepress.mnhn.fr/sites/default/files/articles/pdf/az1987n2a1.pdf https://www.mom.fr/image_carto/ServiceImage/loret/loret_0990-5952_1992_bul_6/PDF/loret_0990-5952_1992_bul_6_p79-91.pdf http://www.usrtl-ifl.fr/spip.php?article35http://www.usrtl-ifl.fr/spip.php?article35

2 Comments

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Mikareply
29 août 2020 at 13 h 42 min

Fan du lin et de l’Histoire, me voilà comblé 👍👍👍

Medyereply
29 août 2020 at 21 h 49 min
– In reply to: Mika

Parfait 🙂 et merci

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