Le bambou est il ecologique ?

Le bambou : Entre bienfaits naturels et ravages écologiques

Le bambou est-il une plante écologique ?

Nous serions tentés de répondre oui, spontanément, tant l’on nous vante régulièrement cet attribut.

Écologique, de culture simple et facile, économique, de multiples applications, souple, solide, biodégradable… Qu’en est-il vraiment ?

En sommes-nous si sûres(rs)…

Finalement qu’est-ce que le bambou ? À part cette jolie plante ornementale qui pousse vite et peut rapidement coloniser tout votre jardin ?

Où pousse-t-il naturellement, où est-il cultivé et dans quelles conditions ?

Qu’elles sont ses applications ? En quoi le bambou nous est-il utile ?

Qu’en est-il du textile de bambou ?

Et surtout, est-il écologique et écoresponsable ?

Initialement, je voulais uniquement traiter ce sujet, le textile bambou.

Toutefois, au fil de mes recherches, de mes contacts et mes investigations, je me suis aperçue que parler uniquement de cet aspect serait en fait limiter la problématique et ne traiter que partiellement le sujet.

Alors nous allons tenter de mieux comprendre ce qui se joue avec le bambou, sa culture, son exploitation jusqu’à faire un focus en fin d’article sur cette fameuse éponge en bambou.

Quels sont les enjeux de la culture et de la transformation de cette plante ?

Menons une véritable « enquête de sens » afin de rester ouvertes(ts) d’esprit, de nous questionner toujours plus sur ce qui nous est proposé de croire, continuer à être et devenir toujours plus consom’actrices (eurs) et écoresponsables.

Alors Bambou ? Bénédiction ou calamité ?

BAMBUSA VULGARIS

Comme c’est fréquemment le cas, les choses sont souvent beaucoup plus nuancées et heureusement.

Mais tout d’abord, et comme à notre habitude, revenons aux sources.

Souvent, cet exercice est indispensable pour mieux comprendre ce qu’il se passe dans le présent et cerner les enjeux pour l’avenir.

Le bambou, un peu de botanique

Le bambou est une plante graminée composée d’environ 80 genres et plus de 1300 espèces.

Il en existe des nains, qui ne dépassent pas quelques centimètres, mais aussi des géants, hauts de plusieurs dizaines de mètres.

C’est la plante dont la croissance est la plus rapide au monde. Certaines espèces ont des croissances fulgurantes et peuvent pousser de plus de 3 mètres en une petite semaine.

Le bambou est originaire de Chine mais pousse naturellement dans toute l’Asie, en Amérique et dans les régions tropicales, subtropicales à tempérées.

Certaines espèces peuvent toutefois résister à des températures très basses. Nous les retrouvons jusqu’au plateau de Quito, mais aussi en Chine et au Népal où elles constituent le régime alimentaire exclusif des Pandas par exemple.

plante bambou
Bambouseraie

Le bambou fait aussi partie des plantes dites « chameau » comme le Romarin ou le Yucca par exemple, c’est-à-dire qu’il résiste extrêmement bien à la sécheresse et se contente de très peu d’eau pour s’épanouir.

En Europe, toutes les variétés présentes de bambou ont été importées et se sont parfaitement adaptées à nos pays tempérés.

Sa première apparition en France date de 1855 à Anduze, au Nord de Montpellier, où il est cultivé, comme une curiosité, en serre chaude. Ce lieu de culture est aujourd’hui encore une des plus grandes bambouseraies d’Europe.

Comme le lin, sa culture ne demande pas ou très peu d’engrais ni aucun produit phytosanitaire.

L’autre particularité du bambou est qu’il peut produire près de 30 % d’oxygène de plus qu’une forêt de feuillus.

Grâce à ses rhizomes qui agissent en véritable maillage sous terrain, il permet également de limiter l’avancée des déserts et les glissements de terrains.

Il permet d’entraver les inondations, aide à la reconstitution des sols, lutte contre la déforestation et le changement climatique.

Les bambous offrent également des zones de protection et de fraîcheur à la faune, à la flore et aux Hommes qui vivent à proximité.

Pour l’instant donc, tout va bien, même très bien…

Le bambou, quels sont ses usages et ses applications ?

Au-delà de ses qualités intrinsèques, le bambou a de multiples applications et de nombreux usages.

Grâce à la souplesse et la robustesse de ses cannes (tiges), dont certaines caractéristiques dépassent la résistance de l’acier, le bambou peut-être utilisé à l’état brut pour d’ambitieux ouvrages.

Maisons, ponts, échafaudages, antennes de télévision, clôtures….

Il sert également à fabriquer de nombreux objets domestiques pour la maison, des baguettes, des bols, des verres, des couverts, ….

Mais aussi des perches, des cannes à pêche, des meubles, du papier…

Il est aussi utilisé en pharmacologie, en nutrition et alimentation et il est un matériau indispensable à la fabrication de certains instruments de musique et à l’art et l’artisanat en général.

Maison en bambou
Maison de bambou

Je ne pourrai jamais vous dresser une liste exhaustive de tout ce qui peut être créé et imaginé tant cette plante incroyable peut être utile à l’esprit inventif de l’Homme.

Pourtant il y a bien un revers à la médaille.

À l’image des découvertes d’Einstein, nous allons découvrir que certaines des applications du bambou décompensent tristement son caractère écologique et bienveillant pour le monde du vivant.

LE BAMBOU, UN VERITABLE MARCHE

Nous avons vu que le bambou pousse à l’état naturel dans de très nombreuses régions du monde à l’exception de l’Europe. Il y a sa place, apporte refuge à la faune et fait parti d’un écosystème endémique.

Il permet d’obtenir un matériau de construction écologique, aux caractéristiques surprenantes et qu’il est à l’origine de nombreuses applications.

Jusque-là donc, tout allait bien… Du moins, en apparence.

Car aujourd’hui, la demande explose.

Le bambou est considéré comme le futur « or vert » par certains économistes.

Il existe déjà un marché mondial pour le design et la construction.

D’autres, comme celui des objets réutilisables et du textile, sont en plein développement.

Bambou, le marché chinois

La Chine occupe la place de leader sur le marché du bambou.

30 % de la production mondiale est chinoise et elle est principalement destinée à la transformation en textile.

Elle encourage et tente de répondre aux demandes toujours plus croissantes des pays occidentaux qui souhaitent s’approvisionner en textile, à première vue, plus écologique et respectueux de l’environnement.

Cette culture représente une source supplémentaire de revenus et d’emplois pour le monde rural qui, partout dans le monde il semblerait, en a bien besoin.

usine de bambou
usine de bambou

Mais alors en quoi le bambou, sa culture ou sa transformation pourrait constituer une menace écologique majeure ?

Regardons de plus près…

LA CULTURE DU BAMBOU AUJOURD’HUI

Grâce à sa croissance rapide, la facilité et son faible coût de production ainsi que la multiplicité de ses applications, nous entrons aujourd’hui dans l’ère dramatique de l’exploitation intensive de cette graminée initialement si bienveillante et utile pour la vie sur terre.

Culture du bambou, où est le mal ?

À l’image de l’Amazonie qui souffre depuis des décennies de déforestation et de destruction de son écosystème au profit des avocatiers ou encore des palmiers à huile, toutes les zones du globe où le bambou vit naturellement et où il est cultivé sont concernées par ces mêmes dérives possibles.

Pour répondre à une demande exponentielle et poussés par l’urgence climatique, nous surexploitons paradoxalement cette plante au détriment des écosystèmes locaux.

Le risque de déséquilibre est absolument réel.

50 % des bambouseraies naturelles sur la planète ont déjà été détruites.

déforestation
déforestation

Dans certaines régions, le bambou est préféré aux plantes et écosystèmes endémiques qui s’affaiblissent ou disparaissent en perturbant au passage toute la chaîne alimentaire de la zone concernée.

D’autre part, beaucoup d’espèces de bambou sont invasives et peuvent se développer de façon agressive si la culture n’est pas étroitement contrôlée et ce, sans interruption.

Beaucoup d’associations et de scientifiques commencent à dénoncer ces dérives, forts de l’expérience vécue en Amazonie.

Mais pour l’heure, rien n’y fait.

Le marché se porte à merveille, beaucoup des acteurs de la filière dénoncent les lois de protection de l’environnement en avançant l’argument économique et de l’emploi et les projets d’exploitations fleurissent en tout sens.

La demande est toujours plus vive et ni la Chine ni les autres pays producteurs, ou potentiellement producteurs, ne veulent renoncer aux opportunités commerciales et économiques liées à la culture intensive de notre tendre bambou.

Et nous allons voir que ce n’est malheureusement pas tout…

LA TRANSFORMATION DU BAMBOU

Le bambou à l’état brut

Quel que soit le produit, s’il est en bambou, nous auront tendance à croire instinctivement que c’est un produit écoresponsable.

Cela peut en effet être vrai, si le bambou est très peu transformé pour obtenir le produit fini et si la bambouseraie est labellisée FSC par exemple.

La mission de cette organisation mondiale est de certifier une gestion écologiquement appropriée de la forêt, que l’exploitation soit socialement bénéfique et économiquement viable.

Ce label intègre 3 niveaux de certification.

Un niveau 1, exploitation 100 % éco gérée.

Le niveau 2 est un label, matière recyclée.

Un niveau 3 dit « mixte » dont 70 % minimum de l’exploitation doit être éco-gérée.

mobilier en bambou écoresponsable
Mobilier en bambou écoresponsable

D’autres labels existent comme le label Rainforest Alliance.

Il est à noté que le bambou labellisé bio est rare et qu’il est, la plupart du temps, réservé à l’alimentation.

Transformer le bambou en textile

Si nous sommes en présence de fibre de bambou et que la matière est mélangée avec du coton la plupart du temps, sa transformation est simple et peu polluante.

Cette fibre brute de bambou est peu utilisée. Elle est rêche et relativement désagréable au toucher.

Elle ne présente donc aucun intérêt pour l’habillement ou tout textile qui serait en contact avec la peau.

Et puis nous avons la viscose de bambou et là… Accrochons-nous au siège, allons y !

La viscose de bambou ou éponge de bambou

La viscose ou éponge de bambou est donc un textile obtenu à partir du végétal du même nom mais, additionné de tout un arsenal chimique lourd.

Souvent présentée comme un textile écoresponsable, naturel et antibactérien, parfois même par les marques distributrices de textile éthique, la viscose de bambou résulte d’un procédé catastrophique pour l’environnement et la santé des travailleurs.

Ces opérations de transformation passent inaperçues bien à l’abri derrière le caractère écologique de la culture du bambou qui, rappelons le, pousse vite, facilement, sans engrais ni traitement phytosanitaire.

La nature et les consommateurs eux, in fine, sont toujours les victimes de ce manque de transparence et d’informations.

serviette bambou

Procédé de transformation du bambou en viscose de bambou

La viscose ou éponge de bambou n’est pas une fibre naturelle mais une fibre artificielle et chimique.

Elle ne pourra donc jamais obtenir d’appellations ou de certifications biologiques.

Pour obtenir la viscose ou éponge de bambou, il faut dans un premier temps extraire la cellulose de la plante.

Pour ce faire, le bambou est réduit en poudre.

Ensuite, cette poudre est traitée et détrempée dans de la soude caustique.

La mixture obtenue et ensuite pressée.

La pâte retenue est ensuite traitée à plusieurs reprises avec du disulfure de carbone, de l’hydroxyde de sodium pour finir dans un bain d’acide sulfurique et enfin pouvoir en extraire des fils de textile exploitables.

À croire que le bambou ne souhaite pas lui-même en arriver là.

Il faudra plusieurs trempages chimiques pour arriver à extraire le précieux fils et commencer à tisser.

Ces composants chimiques sont extrêmement toxiques et polluants.

Certains le sont très particulièrement.

Le disulfure de carbone par exemple qui, en plus de polluer l’air et les eaux, ne peut pas être recyclé ou traité et fini pour moitié dans la nature pendant le processus

Dangereux et toxique pour la santé humaine et l’environnement, voilà comment nous pourrions donc résumé la transformation du bambou en viscose et éponge de bambou.

Parallèlement, rappelons-nous des pays producteurs.

Ce textile est fabriqué sur place avec des règlementations concernant la protection de l’environnement et des travailleuses(eurs) qui peuvent être discutables à nos yeux.

Alors oui, l’éponge de bambou c’est tout doux, mais ce n’est absolument pas un textile naturel et encore moins écoresponsable.

Des alternatives existent

Vous l’aurez sans doute compris, vous ne trouverez jamais d’éponge ou de viscose de bambou dans la boutique d’Etik Etak.

Des alternatives existent !

Comme des cotons certifiés et labellisés GOTS (Global Organic Textile Standard).

Des éponges, des micro-éponges et des velours de coton biologiques qui n’ont pas à pâlir de leurs douceurs face à l’éponge de bambou.

Ces textiles labellisés, écoresponsables et réellement contrôlés sont des matières idéales pour être certain de ne pas participer à ce désastre écologique.

Ces textiles, souvent du coton, sont également parfaits pour le contact avec la peau et celle des touts petits.

Ils apportent tendresse et sécurité aux lingettes, couvertures, langes, mouchoirs, serviettes et tous les textiles de votre maison.

Je vous proposerai très prochainement un article complet dédié à ce label extrêmement exigeant.

Il est le seul à garantir à la fois l’origine biologique du végétal utilisé, mais aussi, et c’est pour cela qu’avec le lin, il est devenu le « chouchou » de la boutique chez Etik Etak, il veille aux procédés écologiques de transformation ainsi qu’aux conditions de travail, de sécurité et de juste rémunération des travailleuses(eurs) qui interviennent durant tout le processus.

À présent nous savons, et nous avons le choix  !

Et choisir, c’est déjà agir !

Les sources web :

www.cite-sciences.fr/

https://www.wedressfair.fr/

https://www.plantezcheznous.com/

https://jardinage.ooreka.fr/

https://le-bambou.fr

http://www.bambouscience.fr/

https://www.un.org/

https://fr.fsc.org/fr/

https://orinko.org/

https://www.consoglobe.com/

2 Comments

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Anaellereply
20 août 2020 at 18 h 01 min

Hello Medye ! Intéressant et super complet comme article. J’avais plus en tête la déforestation et le côté invasif de la plante, pas forcément la tonne de produits chimiques nécessaires pour produire des fibres végétales. Merci !

Medyereply
20 août 2020 at 23 h 47 min
– In reply to: Anaelle

Hello Anaelle ! je suis contente que cela t’ait plu. L’on a souvent qu’une part du puzzle. Je n’avais pas conscience pour ma part de la destruction des forêts primaires par exemple. Merci beaucoup pour ton commentaire

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